Les banques ne sont plus tenues de questionner les déposants sur la provenance de leur argent et sont invitées à revenir à leur métier de base, qui est celui de la collecte de l’épargne et le financement de l’économie. C’est ce qu’a indiqué le vice-gouverneur de la Banque d’Algérie, Djamel Benbelkacem, à la Radio Chaine 3.

« Par le passé, les banques se comportaient comme des contrôleurs financiers, une pratique qui n’a plus lieu d’être, aujourd’hui, car il n’appartient pas au banquier de refuser de l’argent, c’est antinomique avec son métier », a-t-il dit en précisant qu’ « il y a des institutions spécialisées dans le renseignement financier dans notre pays. C’est ce renseignement financier qui doit prendre en charge ce type de problème ».

Une telle mesure ne risque-t-elle pas d’encourager les recours à l’informel puisque la question de l’origine des fonds qui est en rapport aussi bien avec le blanchiment d’argent qu’avec l’évasion fiscale ne se pose plus au niveau des guichets des banques ? Contacté à ce sujet, un cadre de la Banque centrale nous a indiqué que la mesure en question ne vise pas du tout à neutraliser le contrôle des origines des fonds.

« Il n’est pas du tout question d’aller à l’encontre du règlement de la Banque d’Algérie. Toutefois, il y a un excès, une exagération de la part des banques qui se substituent carrément aux services de contrôle», a-t-il affirmé. En revanche, a insisté notre source, quand il y a un soupçon dans une opération, il est du devoir des banquiers de signaler cela à la cellule de Traitement de l’Information Financière (CTRF) qui dépend du ministère du Commerce pour mener son enquête ».

« Une démarche salutaire », selon Benkhalfa

Benkhalfa, expert financier et ancien délégué de l’Abef (Association professionnelle des banques et des établissements financiers) soutient sans nuance la mesure de la Banque d’Algérie.

« La démarche entreprise par la Banque Centrale est extrêmement salutaire pour le pays car nous sommes en plein processus de bancarisation et d’inclusion. Il n’y a aucun risque de détournement de cette mesure parce que il y a un maillage au sein de l’institution financière algérienne qui permet de contrôler et déterminer la nature des opérations dans un temps qui n’excède pas les 72 heures, entre autres, la Cellule de Traitement de l’Information Financière (CTRF) », a-t-il affirmé. En effet, selon lui, « une fois l’argent à l’intérieur des banques, il y a systématiquement un processus de traitement qui se met en branle. »

« Ce n’est pas le contrôle qui est visé à travers la mesure de la Banque centrale mais c’est l’inconfort que le contrôle induit sur les clients. La mission de contrôle est devenue plus importante que celle de collecte de l’épargne et du financement qui est la mission fondamentale des banque primaires, » a-t-il relevé également.

Par ailleurs, M. Benkhalfa a estimé qu’il « était temps de corriger cette anomalie » en assurant que « quand il y a une opération suspecte, il y a une procédure à suivre qui a été déterminée par la Banque des règlements basée à Bâle (Suisse) dont la mission est d’assurer la sécurité des règles financières, et de lutter contre le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale. »